Machuel

Dark like me

Kemuri

Paroles contre l'oubli

Leçons des Ténèbres

notes en plus :

Jeune choeur de Paris ; Maitrise de la Loire ; Cris de Paris ; Roula Safar

 

 

Il n’y eut point d’abord d’autre musique que la mélodie, ni d’autre mélodie que le son varié de la parole (J.J. Rousseau, Essai sur l’origine des langues, chap. XI)

(...) je me rends compte que ces paroles saintes, accompagnées de chant, m’enflamment d’une pitié plus religieuse et plus ardente que si elles n’étaient sans cet accompagnement. C’est que toutes les émotions de notre âme ont leur mode d’expression propre dans la voix et le chant, (...). Alors je crois plus sûre la pratique d’Athanase, l’évêque d’Alexandrie. Je me souviens d’avoir entendu dire qu’il les faisait réciter avec de si faibles modulations de voix que c’était plutôt une déclamation qu’un chant. " (Saint Augustin, Les Confessions, livre X, chap.XXXIII)

I. Thierry MACHUEL

    _ pianiste, compositeur de chant choral essentiellement
    _ chez lui, la musique est ancrée dans une pratique vocale et collective
    _ le principe de " la voix du choeur ": unité et diversité de l'individu, de l'humanité ; Machuel traite le choeur comme une communauté, groupe à la recherche de cohérence et de solidarité ( ex  l'histoire de la ségrégation aux EU est à l'échelle d'un peuple)
    _ ses poésies : ne se restreignent pas au cas individuel ; elles sont des témoignages sur un fragment douloureux de l'histoire de l'humanité
    _ il parle de la « force créatrice » de la langue
    _ pas militantisme actif , pas littérature engagée , mais une littérature dans laquelle on essaye de s'engager (Sartre)
    _ il utilise toutes formes poétiques : prose, vers réguliers, vers libres
    _ il choisit des auteurs de toutes langues  : Kemuri ( poèmes japonais), Amal Waqti ( poèmes arabes), Paroles contre l'oubli (poèmes de prisonniers français)
    _ il a obtenu le prix de l'académie Charles Cros 2010 pour « Or les murs » (film)
    _ il a été pensionnaire à la Villa Medicis
    _ Ses oeuvres : Nocturnes (2008) , les Parloirs (opéra choral), Paroles contre l'oubli (2009) ;

    _ Pas engagé à la façon de" Intolleranza 1960 " de Nono
    _ musique n'est pas autonome par rapport au texte (elle s'inspire du texte et le sert ; exemple : pour Paroles, Machuel a enregistré les textes lus par les détenus, pour s'en inspirer dans la musique

    Machuel invente le genre de l'opéra choral : il s'agit de narration collective, de textes et livrets qui privilégient le nous, la mise en valeur de la communauté humaine. Pas de héros ni d'héroïne, pas d'élu incarnant une humanité rêvée, mais une poignée d'êtres bien réels en miroir du public, choisissant d'inventer devant lui leur propre destin, toujours en devenir.

En deçà du sens, la voix exprime le souffle de l’être vivant, elle profère l’individu dans le monde, l’envisage comme corps sonore. (Nouvelles vocalités) « Dans la succession des ces antiennes, proses ou motets, la voix, celle de l'enfant et de l'homme, disjointe, mariée, nue ou exempte d'accompagnement autre qu'une touche au clavier posant l'intonation, évoqué, à l'âme, l'existence d'une personnalité multiple et une, mystérieuse et rien que pure » Mallarmé 

Quel est le sens du choeur dans la musique ? Le choeur a capella, le choeur dans l'orchestre
Pièces célèbres :

La playlist Choeurs

Autres Exemples :

Choeur des esclaves ( Verdi : Nabucco)
Choeur à bouche fermée ( "Humming chorus") de Puccini
Choeur des petits soldats ( Bizet, Carmen)
Choeur dans les chorals de Bach - ex: Passion St Matthieu

Xenakis : Nuits

 

_ voix d'enfants en choeur : Salieri ( l'oeuvre que Mozart jeune a retranscrite à l'oreille)
_ Tannhauser, le choeur des Pélerins ;  le même thème repris par l'orchestre ; remarquer l'écriture en style choral ( comme un choral de Bach)
_ choeur mixte : Choeur des esclaves de Nabucco ( Verdi ) ; remarquer l'unisson
_ Ravel : Enfant et les Sortilèges : le choeur des Bergers et des Bergères
_ Ligeti : Lux Aeterna
_ Debussy : Chansons de Charles d'Orléans
_ Xenakis : Nuits ( dédiée à tous les prisonniers politiques)
_ Poulenc : Dialogues des Carmélites 
_ Honegger Jeanne au Bucher **

Propositions d'un collègue

PLAYLIST Machuel

 

 

 

 

 


II .1. DARK LIKE ME    La communauté humaine du chœur

Ecrite en hommage à Billie Holiday, "Dark like me" est une longue fresque évoquant la condition des Noirs aux Etats-Unis dans la première moitié du vingtième siècle.

 

Dark like me  :   raconte les conditions de vie des noirs aux EU dans la 1ère moitié du 20ème

DLM : entre le théâtre et le récit, glisse de l'individuel vers le collectif

 

_ Hommage à Billie Holiday (Strange Fruit) : la condition des Noirs aux USA dans la première moitié du 20è s (penser à Rosa Parks, et à la grande marche sur Washington**, le discours de Martin Luther King devant le Lincoln Memorial en août 1963)

_ Textes en anglais de Langston Hughes ; (Hughes: impliqué dans le mouvement culturel « Renaissance de Harlem » années 1920)

_ grand choeur à voix mixtes, commande du Jeune Choeur de Paris (Laurence Equelbey)

_ Dark like me comprend 7 tableaux ; dont Strange Fruit ( chanson de Billie Holliday), "Dream Variation" ( référence à MLK), Afraid et Homesick Blues

 



1.2 Afraid :

2. Elements musicaux

 

    __ la mélodie débute sur une quarte augmentée ( "We cry"), intervalle de tension ("Diabolus in musica") ;
    (autres exemples : Saint Saens : la Danse macabre ; Jimi Hendrix : Purple Haze ; Bach : Choral : Ich hab' genug sur "sib do ré mi"
    __ rythme ternaire blues ;
    __ Homorythmie ;
    __ division des voix ;
    __ mélodie suit les accents du texte : accents toniques naturels ;
    __ polarité sur sol# ( note pole, note pédale)
    __ unisson et note pédale , absence d'harmonisation ( càd de voix différentes)
    __ prosodie et silences proportionnels : lorsque la phrase est longue, les silences sont longs
    __ densification : par élargissement de l'ambitus, et par l'accéleration rythmique

 

Le texte : " We cry among the skycrapers, as our ancestors cried among the palms of Africa"

    _ le thème : les souffrances du temps présent , le déracinement, la solitude, les peurs
    _ métonymies : gratte ciel et palmier,
    _ peur = métaphore de la nuit : la nuit : monde hostile où les esclaves sont déportés /// univers urbain des grandes villes du Nord = où émigrent les anciens esclaves au tournant du siècle ( migration vers les grandes villes du Nord : Detroit, New York, Chicago)

     

 

Homesick blues

1.1 Le thème :  "Homesick blues, Lawd,'S a terrible thing to have".

 

    1.2. un Blues ?

    _ le blues est un morceau de tradition orale =  simplicité
    _ inspiration blues ici se traduit par la  répétition de la 1ère phrase = improviser la 2ème fois
    _ contradiction du blues : pleurer/je ris (and laughs)
    _ construit sur 3 accords mineurs : I IV V  ( la fin ne conclut pas, le morceau suivant s'enchaîne)

    1.3 un spiritual ?


    _ les spirituals sont des mélodies d'origines africaines sur lesquelles ont été adaptés des textes sacrés anglais et des hymnes anglicans transformés par les fidèles afro-américains

    C'est plutôt un spiritual qu'un blues car

    _ blues : usage de sons parasites et micro intervalles, mélange voix parlée et chant car origine non européenne
    _ et configuration voix/guitare ; blues pour une seule voix // spiritual = choral

    _ blues : souffrance individuelle / spiritual : donne un sens religieux à la souffrance collective
    _ le thème est harmonisé simplement
    _ il n'y a pas d'improvisation (malgré les solistes)
    _ on peut conclure à une écriture chorale sur un poème inspiré du blues

    Exemple blues : Pink Anderson : I got a woman
    Exemple spiritual : Mahalia Jackson : Jericho
    Exemple de grille blues dans le rock : Ray Charles

     

1.4 Eléments musicaux

Structure

    __ 2 strophes : paysage urbain **;
    _ 3ème strophe : autre thème : crying ( inflexion ligne mélodique) ;
    __ structure AAB , carrures de 4 mesures

    Thème et texte



    __ thème nostalgie du Sud ( Noirs échappent à l'esclavage puis ségrégation)
    __ "topos" du train : moyen de transport
    __ ironie du dernier vers "To keep from cryin'I opens ma mouth an' laughs"

    ecriture musicale

    __ l' accompagnement se fait sur des extraits de Afraid  ( we cried ) et des syllabes répétées , onomatopées (ne ne)
    __ accords parfaits avec anticipations et retards
    __ progression dynamique vers l'aigu
    __ amplification de l'effectif sur la pièce, crescendo par paliers, passage de barytons à sopranos; l'harmonisation est plus riche avec les voix de femmes
    __ principe du tuilage ( ou relais) : pas de "temps mort"
    __ effet de réverbération par un brouillage harmonique obtenu par le tuilage ( voir partition)
    __ figuralisme : le roulis du train évoqué par les voix ; l'acceleration du train = diminution rythmique ( de 3 croches à 6 doubles)
    __ fin suspensive (donc non conclusive) s'enchaîne sur la pièce suivante

 

 

KEMURI   ( Fumées) Pas chose facile d’être né homme ici-bas crépuscule d’automne

1. Citation : Les Saisons et les heures

.....la double temporalité des saisons et des heures : je souhaitais évoquer d’une part, l’arc de la journée depuis l’aube jusqu’au lendemain, et d’autre part la succession des saisons depuis le printemps jusqu’au dégel
Au plan musical, je me suis tout d’abord concentré sur les interventions du chœur afin de structurer la pièce. Une série de douze sons traverse l’année, à raison d’une note par saison, avec à la fin une reprise de la série dans l’ordre inversé. Chaque intervention du chœur correspond à un découpage du poème syllabe après syllabe, chantées selon un processus descendant de l’aigu au grave des voix d’enfants avec des divisi qui reproduisent autant que possible les unités sémantiques des idéogrammes et des caractères, ce qui a pour résultat d’exprimer de manière sonore le sens de lecture et la graphie du texte d’origine, colonne simple se lisant de haut en bas. Chaque haïku est traité en quatre étapes : un unisson d’abord, qui se déploie ensuite en éventail jusqu’à former un cluster complexe, puis une tenue de ce cluster animée par des jeux vocaux toujours différents, enfin une remontée plus ou moins rapide, avec de discrets glissandi des voix, vers un nouvel unisson. L’accordéon quant à lui suit toujours le chemin inverse, unisson durant les cluster des voix, cluster durant leur unisson, etc., ce qui forge une plastique sonore très dense.


2. Les poèmes

Ecoute : Machuel_Kemuri_14 et 14bis

Issa :

4 enfants en bas âge morts, 1ère femme morte, échec 2nd mariage
Takuboku aussi perdu fils et compagne
images de la nature dans les poèmes d'Issa

Machuel a bâti son récit au rythme des saisons et des heures, dans le double intervalle d'une année et d'une journée, + références au passé, présent, futur


 

 

Tankas :

motif voyage, nostalgie, épouse, mort

tankas:  évolution progressive de modes diatoniques, faiblement polarisés
voix de soprano : l'épouse

dans Kemuri, le chœur fait entendre les voix qui se sont tues

PLAYLIST Machuel

 


     

2.2. Généralités

    _ 24 poèmes : 13 haikus de Issa et 11 tankas de Takuboku* ( le Rimbaud japonais)


    _ évocation du temps qui passe et préparation du dernier voyage ; celà se traduit par le rythme des saissons et des heures, la journée et l'année
    _ enchevêtre passé, présent, futur, idées de désir et de réalité, de partir et de rester
    _ les clusters sont écrits à l'image de la lecture des unités sémantiques des idéogrammes japonais....et reflètent la structure du texte : 3 vers de 5 7 5 syllabes.
    _ le temps des haikus court sur une série dodécaphonique, complétée par la 14ème pièce et amorçant pour finir un mouvement rétrograde ( cf série = 12 sons comme 12 heures)

 

 _ pour choeur d'enfants, ténor solo, accordéon et gongs chromatiques
 _ Kemuri est écrit pour voix de ténor (tankas) et voix d'enfants ( haïkus) ; _ haiku d'Issa, écrits au 18ème / Tanku écrits par Takuboku ;
_  haiku : détails visuels ; _ tankas  : dramatisation
_ instruments: shô, gong, cymbales : celles de la marque Paiste ont une résonance plus longue

_ "Kemuri : la musique semble se déployer à travers ces multiples dimensions : la dimension figurative, presque picturale, la dramatisation et l'énigme"

2.3 Modes d'écriture

 _ chaque morceau débute sur une autre note :

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14  
si la lab fa do fa# mi lab sol lab mi sib    

 

 _ quelques figuralismes
_ modélisation des timbres et des tessitures
_ variation des ambitus
_ moments exceptionnels où une seule voix émerge du choeur

Certes, les différences entre les familles vocales, voix de femmes, voix d'hommes, voix aiguës, moyennes ou graves, permettent de parler d’orchestration chorale, mais l'affinité entre toutes ces familles produira toujours un effet de fusion qui mixe ce bloc en tant que matière unie, glaise des voix dont jaillira la pointe d'un solo

Tels que je les ai choisis,ces différents haikus donnent des indications sur le passage des saisons, le déclin de la lumière et en fin de compte, le sentiment que l'on éprouve au passage inexorable du temps, avec une sorte de fatalisme empreint de douce mélancolie, sans aucune révolte. Un peu comme un chœur antique, mais avec un souverain détachement, comme si les enfants avaient une sagesse immémoriale, un regard calme et le sourire de bouddha


 

Tada Tanome : X Sois donc rassuré – les fleurs aussi qui voltigent prennent ce chemin

_ temps suspendu, lisse
_ départ à l'unisson sur sol (note mediane)
_ gamme fa mineur (avec mi et mib )
_ déploiement du cluster en éventail descendant dans le sens de l'écriture d'un haiku
_ superposition des voix divisées en clusters progressifs
_ le chant du ténor part du grave, et s'ouvre sur un grand ambitus rapidement : de do3 à fa4

 

 

XI Wagatsumano :
Les rêves de ma femme
n’étaient autrefois que de musique aujourd’hui elle ne chante plus

_ chaque ligne a une vitesse autonome ;
_ lentes mutations sonores = jeu sur la texture, la masse
_ mouvement ascendant en miroir du précédent
_ retour vers l'unisson fin pièce = tragique ;
_ intervalles de 4 et 5 ( modes pentatoniques?)
_ disparition progressive de l'accordéon ( tuilage doux)

_ fin sur « aujourd'hui elle ne chante plus » (vers parlé)


_ mode de Messiaen : par le la ; ce mode repose sur une gamme faite de 1/2 ton _ 1 ton


_ tam tam : couleur asiatique

XII Naka naka ni  " Pas chose facile d’être né homme ici-bas crépuscule d’automne"

_ départ des voix en forte
_ glissando et cluster l naissance de l'homme ici bas
_ mode 2 de Messiaen
_ éventails en miroir ; accordéon ascendant, cluster descendant = miroir
_ le Cluster est construit mais dans le sens descendant ( + le glissando) en partant de l'aigu, comme un climax à l'envers
_ construction du cluster : valeurs longues, rythmes sur 2 3 4 !!! malgré cela tout le morceau n'est pas rythmique mais fluide, lisse

 


XIII Ka no ko eö , Naga yaseshi   " Une fois encore si j’entendais cette voix"

 
Mode 2 de Messiaen

 

 

_ chant falsetto ( théâtre no) ; le chant du soprano et celui du ténor en fausset sont comme fragiles
_ contrechant tremolo de l' accordéon = orgue à bouche shô
_ tam tam donne la pulsation, sous une ligne mélodique souple
_ gong : évoque l'orient
_ motif de l'épouse : Texte : une fois encore si j'entendais cette voix totalement, alors ma poitrine s'allègerait »
_ mode 2 de messiaen ( ton , demi ton, ton demi ton, ton demi ton)

Orgue à bouche "Shô"

 

 

 


 

Naga Yaseshi

_ cellule de 5 notes en boucle ( ostinato), en décalage systématique, en diminution rythmique la deuxième fois ( c'est le seul haiku avec une "reprise")
_ extinction progressive par insertion silences
_ l'accordéon résume toutes les notes du mode

 

 

Pink Floyd à Pompéi : le gong

 

 

 

 

 

Ravel, Rhapsodie espagnole : l'ostinato sur "fa mi ré do#

 

 


PLAYLIST Messiaen**

 

 

Pour le mode 2 de Messiaen et les liens avec Leçons des Ténèbres : le Quatuor pour la Fin du Temps de Messiaen

- le motif " sib la do fa#" ( hauteur pour la clarinette)
- ambitus large  puis unisson cordes/piano/clarinette( en rapport avec Leçons des Ténèbres)
- unisson des 4 instruments
- notion de temps suspendu (dans "vocalise") = lien avec Kemuri


 

LECONS des TENEBRES

 

La playlist Machuel

Machuel_Leçons_des_tenebres_0_à_2
Machuel_Leçons_des_tenebres_9
Machuel_Leçons_des_tenebres_cantilene_1
Machuel_Leçons_des_tenebres_sicilienne_Bartok : passage central dansé, sur rythme de sicilienne, qui évoque la Musique pour cordes, percussions et célesta de bartok
Machuel_Leçons_des_tenebres_trilles_unisson_messiaen : passage qui évoque le Quatuor pour la Fin du temps de Messiaen

1.1. Le terme

Lecons des ténèbres : une oeuvre religieuse qui s'appuie sur des extraits de psaumes, des hymnes, des paroles de révolte de Dieu contre son peuple ; cette oeuvre est présentée au moment de la Passion

_ le rite comporte l'extinction progressive de toute lumière sauf une
_ il y a dialogue entre ombre et lumière

1.2. Généralités

_ La pièce a été composée pendant la résidence de Machuel à Clairvaux, pour une formation de trio à cordes ( le trio Pasquier)
_ Clairvaux est un monastère et une prison

2. L'oeuvre

 
Le motif des serrures
Les 12 sons en deux accords
 
Les accords de la fin en miroir : dans l'aigu
 

 

Trois éléments importants :

    ___ le trio avec un thème dodécaphonique en deux accords de trois doubles cordes
    ___thème de la prison: 12 notes jouées en rebond_
    ___ thème de l'abbaye avec son schéma temporel ( selon la règle monastique) ; 12 minutes de musique en 8 minutes de son et 4 minutes de silence

     

    Eléments musicaux:

     

     

    _ une cantilène " thrène angoissé" entendue une seule fois

    _ silences très fréquents = silence de l’abbaye, de la prison ( silence intérieur) ; aussi réverbération du lieu = les chants grégoriens tiennent compte du silence pour la réverbération du lieu)
    _ la mesure à 5 temps donne une alternance brève longue ( respiration); aussi  instabilité, perte du repère habituel ;

    _ figuralisme : les deux croches = le "clac" des serrures

    _ début : le même accord 3 fois  = référence au religieux ( ex Mozart, Flute enchantée)

    _ ecriture verticale puis horizontale : accords puis arpèges et thème

    2ème partie :

    _ retour de l’écriture verticale mais dans l’aigu
    _ silences ++ longs ,
    _ nuance decrescendo avec soufflets

     

    _ jeu sur les hauteurs : grave, aigu, suraigu ;jeu sur les timbres : suraigu du violoncelle, de l’alto , harmoniques du violon ; modes de jeux variés : trilles, tremolos, arpèges
    _ voc : agrégats ( ou accords dissonants)
    _ voc : accord en diminution rythmique

    _ la forme en miroir temporel : le grave ( début) devient aigu ( fin) ; alternances de sons/silence aussi en inversion ; cette forme en miroir temporel est inspirée du moine , homme qui choisit l'enfermement , cette  forme en arche est aussi une représentation formelle de l’abbaye

3. Sens de la musique

_ Deux figures inversées : figure dans l'ombre carcérale, figure dans la lumière , les deux réunies

 

La cantilène du milieu puis de la fin, seul "thème" mélodique

 

 

   

 

AMAL WAQTI

ce recueil « cherche à capter en une centaine de fragments des choses vues ou entendues à Ramallah en 2002, lors de l’offensive de l’armée israëlienne contre le territoire palestinien autonome »

1. Généralités

_ l'oeuvre est écrite pour baryton et cornet à bouquin, mais enregistré avec une voix de mezzosoprano ; elle a été créée en 2010, à l'abbaye de Clairvaux, au festival "Ombres et Lumières"
_ L'auteur des poèmes est Mahmoud Darwich ; les poèmes sont extraits du recueil "Etat de Siège", sur l'offensive israelienne à Ramallah en 2002 ; l'écrivain a été exilé à plusieurs reprises ;

_ dans la 2ème pièce, le cornettiste chante dans son instrument, en ondulant
_ la 4ème pièce est nommée " choral du refus", et parle de la tentation de soumission à l'ennemi et à la haine


_ La 5ème pièce (au programme), finale, exprime la liberté intérieure reconquise ; elle décrit des images ( goût café, chant oiseaux, arbres, ambre bleu, nuages, lumière du soleil ); au niveau musical, elle rappelle les chants traditionnels bretons, avec une interprétation orientalisante du fait de la langue ; imitations et ornementations sont très présents

« la partie de cornet,mélodie écrite en un seul jet et la voix qui s'en fait l'écho se répondent sans cesse, en un jeu serré d'imitations et d'ornementations un dialogue dégagé des contingences du temps, souverainement insouciant »

 

2. Le texte :   "nous sommes les hôtes de l’éternité"
3. la musique

Cornets à bouquin au Moyen age
Roula Safar dans Circles de Berio
shofar hebraïque

 

le thème d'Amal Waqti

Nos tasses de café.
Les oiseaux.
Les arbres verts
Aux ombrages bleus et le soleil qui saute d’un
Mur à l’autre telle la gazelle..
L’eau des nuages aux formes infinies
Dans ce qui nous reste de ciel,
Et d’autres choses encore
Dont le souvenir est remis à plus tard,
Montrent que ce matin est fort, resplendissant,
Et que nous sommes les hôtes de l’éternité.


 

 

 

 

_ _ mélodie avec antécédent/conséquent ( en 8 mesures) ; mélodie en "arsis - thesis" ou  "incises en levées, direction ascendante";
_ la 2ème phrase, à la quinte ( sur mi), est plus ornée; la fin est conclusive . il y a une grande référence à la musique occidentale
_ la soprano reprend la même mélodie, mais ornée et variée ; s'y ajoute un dialogue avec le cornet
_ figuralisme sur "les nuages" ( mi si) et "le ciel" ( de mi à mi4)
_ ambitus de la soprano: de mi 3 à mi4 ( musique populaire)
_ cornet à bouquin : étonnant point de vue temporel et géographique

    === mélodie populaire, celle qui se chante, se varie

     

EX_ofra_Haza_Ode_Le_Eli : exemple de musique traditionnelle juive ornée reprise par une chanteuse de variétés d'origine juive ethiopienne

Une vidéo de Roula Safar dans une pièce de Luciano Berio : Circles


dans le recueil Amal Waqti, on trouve

_ des phrases de divergence, de convergence, de frottement, consonance , dissonance ; tremblements du cornet
_ le cornettiste chante pour faire le lien entre son instrument et le baryton, le baryton se rapproche du domaine instrumental, bouche fermée
_ Machuel : la musique part du texte, ne revendique aucune autonomie


 

 


PAROLES contre l'oubli :

Machuel a passé 4 années en résidence à Clairvaux ; Chaque année un nouveau projet, autour d'un thème : la nuit, l'oubli
Des pièces écrites à Clairvaux : Nocturnes de Clairvaux, Paroles contre l'oubli, , Dialogues de l'ombre, Histoire de verrous, Parloirs


Paroles: mots des prisonniers =en concert

EZ DUT "Je n’ai pas oublié mon identité"

Le texte en basque de Kirru est traité avec un rythme de marche, exprimé bouche fermée, comme avec difficulté, dans une polyphonie à six voix qui ne module jamais, paysage désespérément immuable.

La mélodie destinée aux mezzos et aux barytons à l’octave s’est vite imposée, ainsi que la mesure à cinq temps répartis en deux temps de détente et trois de tension. Plusieurs écritures se combinent symétriquement en partant du centre de la tessiture du chœur : la première, harmonique et respiratoire, pour les ténors et les altos sur de longues tenues qui peu à peu s’approprient les mots les plus forts du texte ; la deuxième avec le thème aux mezzos et barytons, nerveux, tendus, d’un lyrisme hiératique ; la dernière en traitant les voix extrêmes, sopranos et basses, comme des instruments qui se relaient sur un continuo de croches scandées, sopranos en moïto évoquant un cri de douleur lancinant parce que maintes fois répété, basses sur l’incipit du texte « ez dut ahaztu » (« je n’ai pas oublié ») répété en boucle sur une seule note, syllabes claquant sèchement comme le bois dur sur une caisse claire. Cet effet en relais finit par se superposer dans les derniers mètres, tout le monde étant parvenu à l’extrême de sa tessiture, les voix déformées par la tension et le cri.


Le THEME

    _ mesure à 5 /8 inspirée du sortziko, danse basque traditionnelle
    _ thème modal en mode de mi ( sur ré puis sur mi) , carrure de 7 mesures
    _ percussions par les pieds des chanteurs ,- les pieds : marche funèbre ou marche des prisonniers dans la cour
    _ thème long : ré la do = mode défini dès l'entrée du thème, mode de mi ( phrygien)

    _ la courbe mélodique est ascendante et descendante, avec un point culminant sur le ré de "noiz" = "quand"
    _ retour dans le grave sur "bidean" , cela donne du poids à la phrase ( ambitus de 10ème )


    DISSONANCE /CONSONANCE/ DENSITE/INTENSITE

    _ mélange de consonant/dissonant léger . _ 4+ avec ré mib sib la
    _ sons : de l'unisson à la dissonance ; crescendo/decrescendo intentionnel (comme une plainte portée par le souffle)
    _ dissonance presque consonante vers la fin

    _ vers1 : quarte aux hommes

    _ soprano : mordants ( fausses quintes parallèles : ré mib / sib la)
    _ trame sonore dense  car tessiture proche
    _ entrées progressives = densification progressive ;

    _ grande densité : thème, voix dédoublées

    PLANS

    _ le thème long  introduit par un passage plaintif
    _ superposition de plans : ligne horizontale, rythmique de hi_hat, percu de GC

     

    NUANCE



    _ œuvre en grand crescendo : crescendo de nuance, et un peu par ajout de voix ; densification du nombre de voix
    _ très gros crescendo final avec rythmique puissante ( cf le Bolero)
    _ fin : montée en puissance, crescendo, tutti et fin sur un silence qui laisse place à la réflection ( resonance) et à la réflexion

    (je n'ai pas oublié)

    Le TIMBRE/ la COULEUR

    _ jeu sur timbre : voix hommes, femmes
    _ passage de voix timbrée à détimbrée collectivement
    _ jeu sur les hauteurs des voix : sopranos dans le médium/ dans l'aigu malgré une tessiture globale normale
    _ grosse alternance de nappes, couleurs, éclairages, et de thèmes plus longs
    _ force de l'octave / _ unisson des voix de mezzo et baryton tout au long du morceau
    _ les dissonances sont des couleurs : _ vers 1 accord de septième étonnant
    _ voix superposées = effet sonore, couleur ;
    _ voix : sur o = départ incertain, comme son de cordes, pas d'attaque


    Des EXEMPLES musicaux

    Beethoven, la Marche des Pélerins  ( autre rythme de marche)
    Berlioz,Marche**
    Bizet, Carmen, marche des toreros

    Ravel: Boléro  : une autre danse rythmique dont le thème mineur se finit dans le grave
    Chopin : Marche funèbre ( rythme pointé retrouvé dans Kemuri et dans Ez dut )

    PLAYLIST marches**

     

     


     

PAROLES contre l'OUBLI : Ces âmes

Le texte de S.-M. peut faire penser au slam, à juste titre. Mais la partition musicale est très éloignée de ce style, lyrique et déclamatoire : il s’agit d’une fugue en voix parlée, non déclamée, avec un dire sobre et retenu, dans laquelle une battue à quatre temps permet de se repérer sans imposer quelque pulsation que ce soit (en cela son écriture se différencie également du parlando rythmico dont l’estonien Veljo Törmis est un des meilleurs spécialistes). Il n’y a donc pas de rythme ou même de pulsation au sens solfégique du terme. En revanche, les mots et les phrases sont inscrits sur les portées de sorte que l’on sache comment coordonner les 4 voix entre elles. Cela est très important, car tout le travail d’écriture repose sur cette coordination : en effet, les voix ne commencent pas toutes au même moment, puisque les entrées se succèdent comme dans n’importe quelle fugue, ce qui fait que chacune a une longueur différente : la voix qui entre la première a plus à dire que celle qui entre en deuxième et ainsi de suite. Cela représentait pour moi un très long travail de réécriture du texte, ajusté différemment à chaque voix, de telle sorte que celles-ci par moments s’éloignent totalement les unes des autres, et à d’autres moments au contraire, se rapprochent petit à petit jusqu’à dire les mêmes mots ensemble (« vers la demeure de l’oubli et de la perdition », ou encore « autour d’une balance dressée »). Un peu comme des trains se déplaçant à des vitesses différentes, avec parfois des variations de ces vitesses qui les amènent à rouler soudain de manière parfaitement synchrone. Ces points de rencontre, rares, sont précédés et suivis d’effets de convergence ou de divergence, ce qui différencie l’œuvre d’une fugue traditionnelle et la place plutôt dans le registre d’une création « plastique », où le poème serait comme dans un jeu de miroirs.
Une courte mélopée est entendue au centre : il s’agit d’une citation abrégée du thème que j’avais composé dans le style grégorien pour les Nocturnes de Clairvaux, dans sa version en second mode à transposition limitée, ce qui lui donne un caractère légèrement oriental. Certains thèmes ou motifs traversent ainsi l’ensemble des œuvres composées dans le cadre de Clairvaux et les relie entre elles comme un corpus de même famille : la « série de l’enfermement », présente dans les Nocturnes et Les Parloirs, le motif des serrures électroniques dans Lebensfuge et Leçons de Ténèbres, les ostinatos dans Chants de captivité, Lebensfuge et dans une moindre mesure, Les Parloirs…

 

 

la voix : chuchotée, timbrée forte
onomatopée, vocalise
superposition de parlé/mélodisé
effet foule éclatée (texte) ou homosyllabique
écriture en fugue nos âmes : sens religieux (dans ce monastère), mais aussi leur âme est leur identité (âme = souffle)

 

 

Contenus :

Sites à visiter :

Musique Orsay ( avec le suivi des musiques)

Cité de la musique

Site du compositeur

Site

Académie de Dijon ( presentation en zip)

 

Dark like me

 

De railroad bridge's
A sad song in the air.
De railroad bridge's
A sad song in the air.
de trains pass
I wants to go somewhere.
I went down to de station.
Ma heart was in ma mouth.
Went down to de station.
Heart was in ma mouth.
Lookin' for a box car
To roll me to de south.
Homesick blues, Lawd,
'S a terrible thing to have.
Homesick blues is
A terrible thing to have.
To keep from cryin'

I opens ma mouth an' laughs.

_____________________________________

We cry among the skyscrapers
As our ancestors
Cried among the palms in Africa
Because we are alone,
It is night,

And we're afraid.

Dark like me

 

Le pont du chemin de fer
C'est une chanson triste dans les airs.
Le pont du chemin de fer
C'est une chanson triste dans les airs.
Chaque fois qu'un train passe
J'veux m'en aller vers d'autres terres.
J'descendis jusqu'à la gare
Le coeur sur les lèvres.
Descendis jusqu'à la gare
Le coeur sur les lèvres.
Cherchant un wagon de marchandises
Pour me rouler vers le Sud, quelque part.
Le blues du pays, Seigneur,
C'est terrible de l'avoir pris.
Le blues du pays, c'est une chose
Terrible de l'avoir pris.
Pour m'empêcher de pleurer

J'ouvre la bouche, et puis je ris.

___________________________________

Nous pleurons parmi les gratte-ciels
Ainsi que nos ancêtres
Pleuraient parmi les palmiers de l'Afrique
Parce que nous sommes tout seuls,
C'est la nuit,

Et nous avons peur.

Ces âmes

Ces âmes, nos âmes, nourries dès l’apparition du jour
jusqu’au recouvrement nocturne, de ce que les illusions
servent par désir de quelque chose qui s’émiette et se
poussièrise, n’apaise jamais et a faim de néant.
Voisines au cours des repas aux couverts argentés
d’orgueil, des soeurs macabres qui leur parlent par
intermittence l’idiome des mirages et celui de l’éphémère.
Vagues, hallucinées par les rêveries d’un destin peint de la
fluorescence des poésies déclamées dans les vallées de
l’égarement ...

Elles auraient glissé avec fluidité et sans obstacle,
enveloppées d’une sensation de tendresse doucement
mensongère, vers la demeure de l’oubli et de la
perdition...
Etape ultime, franchissement irréversible, gouffre des
naufragés ... emportant le souvenir de leurs passages et
de leurs oeuvres désertiques, cailloutés de passions qui
pèsent sur le profond et interminable enfoncement dans
une mémoire qui ne parlera qu’autour d’une balance
dressée. Nul pour percevoir dans l’intérieur de leurs
habitacles corporels, des coeurs cernés, enchaînés,
cadenassés et scellés jusqu’à ce que toute formule
prétentieusement magicienne ne puisse briser le
moindre maillon…
Des âmes, des hommes qui courent sur le tracé d’un
chemin…
S-M.

Amal Waqti n°5

Nos tasses de café.
Les oiseaux.
Les arbres verts
Aux ombrages bleus et le soleil qui saute d’un
Mur à l’autre telle la gazelle..
L’eau des nuages aux formes infinies
Dans ce qui nous reste de ciel,
Et d’autres choses encore
Dont le souvenir est remis à plus tard,
Montrent que ce matin est fort, resplendissant,
Et que nous sommes les hôtes de l’éternité.

KEMURI

IX tada tanome

hana mo hara hara
ano toori

XI wagatsumano mukashino negai
ongakuno kotoni kakariki
imawa utawazu

XII naka-naka ni
hito to umarete
aki no kure

XIII kanokoëo moichido kikaba
sukkirito
muneya haremuto kesamo omoeru

XIV et XIV bis Naga yaseshi karada wa subete
muhonghi no katamari narito
iwarete chikoto

X Sois donc rassuré –
les fleurs aussi qui voltigent
prennent ce chemin

XI Les rêves de ma femme
n’étaient autrefois que de musique
aujourd’hui elle ne chante plus

XII Pas chose facile
d’être né homme ici-bas
crépuscule d’automne

XIII Une fois encore si j’entendais cette voix
totalement alors
ma poitrine s’allégerait

XIV et XIV bis Tellement amaigri
ton corps ne semble plus
qu’un bloc de révolte

Ez dut ahaztu neure nortasuna,
Diedanei maitasuna
Noiz eta zergatik hona iritsi nintzen,
Nondik nentorren ezta nora joan nahi dudan ;
Nor daukadan bidelagun ezta nork traba egiten didan ;
Bidean erori eta gogoan daramatzadanak.
Ezta eurei eskeiniko diedala askatasunez beteriko egun gorri hura.

Je n’ai pas oublié mon identité
Je n’oublie pas l’amour des autres
Quand et pourquoi je suis arrivé ici
D’où je viens et où je veux aller
Qui j’ai pour ami dans le chemin
Et qui m’empêche
Je porte dans mon souvenir
Ceux qui sont tombés dans le chemin
À eux j’offrirai la liberté
Quand viendra ce jour rouge.

Si j’oubliais cela, je ne serais plus moi

 

_" le principe du choeur repose sur l'énonciation individuelle à plusieurs voix"

Amal Waqti

Autres remarques :
_ choral partie 4 ; de la parole destructrice à la parole constructive
_ mode hidjaz ( avec si, ré#-mib) = mode du désert, rudesse
_ mode saba kurd : sol lab sol fa mi
_ le mot amal finit par une consonne altérée par un sukun = antivoyelle = note ne devrait pas être prolongée+ 

shamisen Japonais
Orgue à bouche Shô

Dessin de Courrier International 2013