Le jazz-rock ( livre de Bergerot, p 192)


Le slogan de mai 1968 « l'imagination au pouvoir » aurait pu être aussi celui du jazz des années 1970 qui se libérait de ses derniers codes, des dernières conventions, de ses derniers chefs de file, de ses origines géographiques. Partout dans le monde, on assista d'une part à un total éclatement stylistique et d'autre part à une multiplication des phénomène de fusion avec des genres extérieurs au jazz. C'était en premier lieu le .... la musique la plus populaire dans le monde, qui exerçait son attirance si les jazzmen.

 

Électrique Miles Davis


Pressé par la Columbia de justifier ses exigences financières. Miles Davis envisagea de réorienter sa musique dès les séances du mois de décembre 1967, au cours desquelles il recourut au piano électrique. Il était tout à la fois intrigué et agacé par les succès du rock. Sa préférence allait à Jimi Hendrix, démiurge de la guitare électrique, héros noir dans un domaine musical dominé par les Blancs. Il se passionnait par ailleurs pour le funk de James Brown et du groupe Sly and the Family Stone. Durant l'été 1968, pour terminer son album « Filles de Kilimanjaro », il renouvela son quintette en recrutant paradoxalement deux musiciens blancs: Chick Corea (piano et claviers électriques) et Dave Holland (contrebasse, basse électrique). Peu de temps après, Tony Williams était remplacé par Jack Dejohnette. Si, sur scène, cette nouvelle rythmique se livrait à ses penchants pour les débordements free, en studio, elle était neutralisée au sein de formations élargies, comme celles de l'album « Bitches Brew ». Selon les cas. Miles y faisait appel aux accents rhythm and blues du guitariste britannique émigré John McLaughlin et doublait, voire triplait, les , différents postes de la rythmique. Le matériel thématique tenait en quelques bribes réparties au dernier moment entre les souffleurs et la rythmique. Le matériel harmonique était réduit à une ou plusieurs couleurs modales qui étaient comme badigeonnées en toile de fond par les claviers  électriques, indiquées par des ostinatos de basse et puissamment martelées par la batterie et les percussions au phrasé « binaire ». Les souffleurs improvisaient librement pendant de longues périodes qui étaient enregistrées, puis retravaillées en postproduction (coupes, montages, ajouts instrumentaux, injection d'effets sonores) par le producteur Teo Macero, véritable co-auteur de l'album « Jack Johnson ». À partir de 1971, électrifiant sa trompette pour déchiqueter ses phrases à l'aide d'effets wah-wah. Miles confia la basse électrique à Michael Henderson qui venait de la soul music. Il utilisa quelque temps les tablas et le sitar indiens (notamment sur l'album « On the Corner »), engagea différents claviers (dont Keith Jarrett) avant de remplacer ce poste par deux, voire trois, guitares, un percussionniste s'ajoutant à la batterie en permanence (écouter l'album « Agharta »). Son univers musical devenait toujours plus moite, touffu, violent. Comme la musique d'Ellington, celle de Miles évoquait simultanément la jungle africaine et la jungle des quartiers noirs, mais les voluptés de l'exotisme faisaient place aux rancœurs de l'Amérique noire et aux menaces occultes d'une Afrique ténébreuse et rebelle.

 

La descendance de Miles Davis et le jazz-rock


Si Miles Davis quitte la scène pour raison de santé en 1975, les nombreux musiciens passés dans ses rangs restent marqués par cette expérience. Dès l'année 1969, à l'exemple du Lifetime de Tony Williams, ils multiplient les rencontres en marge de l'orchestre du trompettiste, selon des formules plus ou moins électriques, sous la houlette du contrebassiste Miroslav Vitous, du saxophoniste Wayne Shorter, ou du pianiste Joe Zawinul. En 1971, ceux-ci forment Weather Report (voir p. 195) et John McLaughlin constitue son Mahavishnu Orchestra. Ce dernier explore la richesse des mètres indiens qu'il combine avec une conception extatique de la virtuosité, un martèlement violent de la rythmique et des sonorités saturées évoquant les rudesses du hard rock. Après un détour de brève durée par une musique plus free auprès d'Anthony Braxton (voir p. 208), Chick Corea constitue son groupe Return to Forever. Le saxophone et la flûte de Farrell sont bientôt remplacés par la guitare électrique (Bill Connors, puis Al Di Meola) au service d'une musique électrique à la virtuosité survitaminée sur le plan tant de l'écriture que de l'exécution: références appuyées aux musiques afro-latines et espagnoles, emprunts aux compositeurs de la musique classique et intérêt pour les formes les plus élaborées du rock (Emerson, Lake & Palmer, Yes, King Crimson...). Destiné au public blanc des grands festivals suscités par la réussite de celui de Woodstock (1969), le jazz-rock fut une musique de l'oubli et du rêve dont les créateurs étaient souvent attachés à quelque gourou ou quelque secte. Marqué par le bouddhisme, Herbie Hancock n'en était pas moins concerné par la question raciale. Empruntant son pseudonyme « Mwandishi » à la langue africaine swahili, il s'adressait au public noir. A partir de 1969, il eut de plus en plus recours aux musiciens et aux sonorités du funk, jouant sur les aspects polyrythmiques les plus ludiques du rhythm and blues selon des conceptions qui trouvèrent leur aboutissement avec le groupe les Headhunters. Accentuant le côté dansant de sa musique, Hancock se rapprocha même, dans la seconde moitié de la décennie, des orientations commerciales du disco.

Ouvres de jazz rock à comparer :

Maze : Joy and Pain

Chick Corea : Return to forever

Mahavishnu Orchestra : Birds of fire

Michel Portal : Turbulence