• Introduction :

    Du tango de Piazzola, il faut retenir l'aspect révolutionnaire qui lui valait de se faire cracher dessus, de se faire rayer sa voiture par les amateurs puristes à la sortie des récitals.
    Les textes écrits par sa fille Diana avaient un contenu très surréaliste. Cette forme musico-littéraire représentait une certaine mentalité de la classe moyenne argentine, universitaires et autres, qui voulaient se démarquer de ce tango traditionnel associé à des valeurs du début du siècle se référant à une esthétique elle aussi traditionnelle. Dans son tango, Piazzola ajouta beaucoup de références classiques comme des fugues à la manière de Bach. Il avait d'ailleurs été élève de Nadia Boulanger.

    Il faut dire que Piazzola n'est argentin que par la naissance, il a vécu à New-york dès son plus jeune âge. C'est dans cette ville qu'il a commencé à apprendre le bandonéon. 
    Du point de vue musical, Mario Litwin a reconnu chez Astor Piazzola un esprit, une nostalgie qui se rapprochaient de la sienne. Il y retrouvé le spleen et la magie qui représentaient bien l'esprit de Buenos Aires tel qu'on le ressentait à l'époque. Cette musique était très emprunte de culture européenne. Une culture influencée par le cinéma de la "Nouvelle Vague" que l'on pouvait rencontrer dans la littérature d'Ernesto Sabato, Julio Cortazar, Jorge Luis Borges, pleine des influences de cette culture européenne. Plus rien à voir avec le tango que l'on jouait dans les bals avec des textes très machistes portant la femme au plus bas des rangs.
  • Le tango traditionnel, définition, origine : 
    Le tango était une danse interdite qui se dansait dans les maisons closes des quartiers populaires (rien à voir avec un salon de passe bourgeois). En attendant leur tour, les hommes dansaient entre eux. C'était une danse qui rappelait la concurrence entre les hommes. Tantôt l'un conduisait, tantôt l'autre. C'était une danse, un rythme, de voyou, de marginal. C'est lorsqu'il a conquis la France et les Français qu'il a été accepté par la bourgeoisie argentine et que l'on a reconnu sa valeur culturelle. Ensuite le tango est devenu plus tragique avec les chansons de Gardel.
    Carlos Gardel , d'origine française, de son vrai nom Charles Romuald Gardes, fût le premier à chanter le tango. Au départ, c'était une musique uniquement instrumentale. Il était plus rapide puis il a dérivé vers deux rythmes : un tango plus lent, le tango à proprement parler et la milonga, un tango plus rapide destiné à être dansé plus aisément.
    Plus tard, des compositeurs classiques d'influence européenne tels que Julio de Caro lui ont apporté l'orchestration. Jusqu'à présent, le rythme était marqué par le bandonéon.
    Une des caractéristiques du tango est de se décoller du rythme. La mélodie accélère, ralentit, tandis que le piano et la contrebasse marquent un rythme permanent. Le violon et le bandonéon se détachent de cette rythmique précise. On dit que le bandonéon se plaint. Un tango porte d'ailleurs ce titre : "Plainte du bandonéon".

    Il y a une vision européenne du tango dans laquelle les argentins ne se reconnaissent pas. Pour les français, le tango est soit érotique, soit comique. Pour les argentins, le tango est une chanson qui expose la nostalgie du temps passé, du quartier qu'on a quitté, de l'amour perdu, du reproche envers la femme qui quitte le faubourg à la recherche d'ascension sociale.
    Enrique Santos Discépolo a écrit : "le tango est une pensée triste qui se danse". Les textes du tango parlent du désir de l'ascension sociale, la femme qui a réussi son ascension sociale et qui a quitté son homme. L'homme se plaint, la traite souvent de noms qu'on ne pourra écrire ici, regrette d'avoir quitté sa mère.

  • Un tango dont le titre est "NO TE ENGAÑES CORAZON" composé par Rodolfo Sciamarella dit la chose suivante : 
    "No te dejes engañar, corazon,
    por su querer, por su mentir;
    no te vayas a olvidar
    que es mujer y que al nacer,
    del engaño hizo un sentir."
    Ne te laise pas tromper mon coeur,
    par son désir, par son mensonge,
    et n'oublie pas que 
    c'est une femme et que dès sa naissance,
    du mensonge elle a fait sa façon d'être.

    Des origines, il est possible que le tango se rapproche du Cante Jondo espagnol mais ce serait plus près du fado.
  • Piazzola et son apport au tango.
    Ce que l'on reprochait surtout à Piazzola provenait principalement des dissonances, des rythmes cassés, au point qu'il subissait des attaques de toutes sortes.
    Seule cette classe moyenne argentine le soutenait.
    Piazzola était peu aimé des autres compositeurs de tango à cause de son mépris pour le tango traditionnel.
    Les tangos de Piazzola ne sont pas seulement orchestraux mais aussi chantés comme nous l'avons dit plus haut. Sa fille lui écrivait des paroles mais aussi Horacio Ferrer. Mais il s'agit là d'une deuxième période dont nous parlerons plus tard.

    Piazzola a longtemps vécu dans des conditions plus que modestes aux Etats Unis. Il lui fût proposé de faire de la musique alimentaire qu'on nommerait tango jazz. Elle serait comparable aux musiques actuelles mondialisées. Mais il a refusé. Il a refusé cette normalisation commerciale du rythme.
    La vie de Piazzola a changé lors de sa rencontre avec le poète Horacio Ferrer. C'est alors qu'il composa "ballade pour un fou". Cette chanson lui permis de gagner un prix dans un festival de Buenos Aires et c'est cette chansons qui l'a rendu populaire. A partir de là, aux environs des années 70, il a changé sa manière de composer avec une carrière plus populaire. Mais ses adeptes de la première heure ont été très déçus de ce revirement mais il a retrouvé son coté romantique contre l'abandon de son côté contemporain. A partir de la balade pour un fou, Piazzola abandonne les textes dont les influences étaient puisées chez Sartre ou Camus. Les oeuvres des années 60 en étaient le meilleur exemple.
  • La rencontre de Mario Litwin avec Piazzola :
    Mario Litwin a connu Astor Piazzola à Paris en 1976. 
    Par la suite, il s'est rendu chez lui sur l'île Saint Louis dans cette même maison où habite encore Moustaki. 
    Il lui posa alors la question du moment où Piazzola avait décidé de faire un tango différent. Ce dernier répondit qu'il avait toujours voulu faire quelque chose de différent. Plus jeune il jouait déjà "Rapsody in blue" au bandonéon, ce qui était plutôt original. 
    Plus tard, lors de ses études avec Nadia Boulanger, celle-ci l'orienta vers le tango en le détournant du classique. C'est elle qui l'a révélé.
    C'était un homme très chaleureux bien qu'il ne jouisse pas d'une telle image auprès des autres musiciens de tango.
    Une autre rencontre eût lieu chez la danseuse et chorégraphe Anne Béranger en 1976. Piazzola avait déjà fait la musique du film "Lumières" de Jean Moreau. Il avait été pressenti pour faire la musique de "Le dernier Tango à Paris", de Bernardo Bertolucci. Il fût remplacé par Gato Barbieri ce dont il fût fort déçu.
    Anne Béranger voulait faire un spectacle de danse avec la musique d'Astor Piazzola. Cet entretien avait été organisé par la propre femme du compositeur et elle avait convié une chanteuse de tango du nom de Valéria Munarris, une chanteuse de tango, afin qu'il compose un spectacle pour l'une et pour l'autre. Il a refusé tendant la perche à Mario Litwin. Mais ces artistes voulaient quelqu'un de célèbre.
    On dit qu'il boitait. D'où son surnom mais Mario Litwin ne l'a jamais vu ainsi.
    Plus tard, il commença à flatter la dictature argentine, du moins c'est ainsi que beaucoup prirent son attitude lorsqu'il composa un tango en hommage au mondial de football en 1978.

    Piazzola a eu trois époques :
    - une époque de recherches durant laquelle il a composé des tangos très traditionnels
    - Une deuxième époque de musiques pour quintettes et septettes avec sa fille Diana dans un style plus contemporain.
    - Une dernière époque après la ballade pour un fou.
    Piazzola est mort après être tombé dans le coma en France puis fût rapatrié en Argentine.
    Il a effacé les rythmes de l'origine du tango. Il fût pour le tango ce que Gerswhin fût pour le jazz.
    En Argentine, après avoir égalé l'aura qu'a maintenant "la chance aux chansons" en France (décors compris), il semble que le tango retrouve une seconde vie dans laquelle la jeunesse se retrouve quelque peu à présent.