VICTOR MUSIQUE

 
 

Les violons fabriqués par les célèbres luthiers italiens de Crémone, Stradivarius et Guarneri, au début du XVIIIème siècle ont la réputation d'avoir des qualités acoustiques exceptionnelles inégalées. Les plus grands violonistes du monde exercent leur talent sur de tels instruments et les quelques 600 violons fabriqués par Antonio Stradivarius encore existants valent chacun plusieurs millions d'euros. Pourtant un test réalisé en aveugle par des violonistes lors d'une rencontre internationale aux États-Unis pourrait mettre une note discordante à ce mythe.

Claudia Fritz, de l'Université de Paris, leur a fait essayer des violons fabriqués par Stradivarius et Guarneri et d'autres modernes. Chacun des 21 violonistes a testé les six violons sélectionnés (2 stradivarius, un Guarneri et trois modernes) d'abord par paires (pour comparer un ancien et un récent) pendant une minute puis ils ont joué 20 minutes avec chaque violon. Pendant les tests les yeux des joueurs étaient masqués et un peu de parfum avait été déposé sur les violons afin qu'ils ne puissent pas être identifiés à l'odeur.

Les violonistes devaient évaluer des propriétés comme la jouabilité, la projection et la tonalité du son et la réponse de l'instrument. Dans les tests par paires ce sont les violons modernes qui ont remporté le plus de suffrages. Claudia Fritz leur a ensuite demandé avec quel instrument ils préféreraient partir s'ils avaient le choix. Là aussi la plupart du temps les violonistes ont préféré un violon de fabrication récente. Le détail des tests est publié dans les PNAS.

En conclusion de son étude, Claudia Fritz précise que les violonistes auraient aimé disposer de plus de temps pour connaître les différents instruments utilisés et jouer face à public. Elle indique n'avoir pas réalisé cette recherche pour dénigrer les œuvres des grands luthiers italiens mais plutôt pour faire reconnaître la qualité des instruments fabriqués actuellement.

Sciences et Avenir.fr
04/01/2012

La chimie peut-elle expliquer le son exceptionnel des violons fabriqués par les célèbres luthiers italiens de Crémone, Stradivarius et Guarneri, au début du XVIIIème siècle? C'est une hypothèse à laquelle croit Joseph Nagyvary, violoniste et biochimiste à l'Université A&M du Texas. Le bois d'érable utilisé par ces luthiers a subi des traitements chimiques spécifiques qui affectent ses propriétés acoustiques, explique Nagyvary dans la revue Nature publiée aujourd'hui.

Depuis 30 ans ce chercheur d'origine hongroise étudie les particularités des violons signés Stradivarius ou Guarneri. Sur les quelque 1.200 violons fabriqués par Stradivarius lui-même, 600 sont parvenus jusqu'à nous, certains en très bon état. Plusieurs ont été restaurés au XIXème siècle par le luthier Jean-Baptiste Vuillaume, qui travaillait avec le physicien Félix Savart pour améliorer le son des instruments. Il est pourtant communément admis que les violons de Crémone ont un son inégalé.

L'équipe de Joseph Nagyvary a étudié plusieurs échantillons de bois de violons anciens -un violon et un violoncelle de Stradivarius, un violon de Guarneri, un violon français du XIXème et une viole du XVIIIème- avec la résonance magnétique nucléaire et la spectroscopie infrarouge. Ils ont comparé les spectres obtenus avec ceux de bois modernes provenant d'Europe centrale. Selon les chercheurs, les bois des instruments de Crémone portent les traces d'une réaction chimique, oxydation ou hydrolyse, résultant sans doute des traitements destinés à traiter et protéger le bois. Nagyvary n'est pas encore certain de la recette utilisée par Stradivarius mais entend identifier précisément les agents chimiques impliqués.

D'autres théories ont expliqué le son sans pareil du Stradivarius par la qualité des érables de l'époque. Ces arbres avaient connu des hivers très froids. Leur croissance était donc plus lente, ce qui donne un bois plus dense. Certains ont soupçonné le vernis d'avoir des qualités spécifiques, mais les études n'ont rien prouvé. La science peut-elle percer le secret de ces violons? Nagyvary en est persuadé et il poursuit sa quête.

Cécile Dumas
(30/11/06)