accueil | photos 20M |

ouie, décibel, bruit, ville, nuisances sonores

L'OUIE ( texte de la Semaine du Son 2013 )

L’ouïe, on sait bien ce que c’est : le mot désigne l’un des cinq sens, les cinq fenêtres de perception de l’être humain, les cinq façons de faire l’expérience de la réalité qui nous entoure. Donc on a l’ouïe, la vue, l’odorat, le toucher, le goût. Seulement ce mot « ouïe » est certainement plus rare que les quatre autres, parce qu’il a bien moins d’emplois figurés et il garde un sens précis et pointu. Il représente essentiellement cette faculté qu’on a de percevoir les fréquences sonores. 

Attention ! Il a un redoutable concurrent avec le mot « oreille ». L’organe, même l’ensemble de l’appareil qui met en œuvre ces perceptions, est très souvent utilisé pour désigner la fonction de l’écoute : on peut dire de quelqu’un « il a l’ouïe fine », mais plus souvent on va dire « il a une bonne oreille », « il a l’oreille fine ». Alors attention ! Quand on emploie ces dernières expressions, « il a l’oreille fine », « il a de l’oreille », on peut évoquer l’acuité auditive, de la même façon qu’on parle d’acuité visuelle. Seulement la plupart du temps, on pense à la faculté de distinguer les sons les uns des autres. C’est beaucoup plus musical, c’est la possibilité de reconnaître le timbre d’un instrument dans un orchestre, c’est ça avoir de l’oreille. C’est la possibilité de différencier deux notes dont l’une est légèrement plus haute que l’autre. Et d’ailleurs on parle d’oreille absolue, mais jamais d’ouïe absolue – et l’on sait ce qu’on appelle l’oreille absolue, c’est cette faculté de reconnaître la hauteur d’un son, sans la comparer à un autre : du premier coup on peut dire ça, c’est un la, ça c’est un do et ça c’est un si bémol…

Revenons au mot ouïe, qui n’est pas très fréquent, mais il est encore vivant, surtout parce qu’on le trouve dans des expressions toutes faites, des expressions figées. On dit « je suis toute ouïe », c’est-à-dire j’écoute avec attention, je bois les paroles de celui qui me parle. Et on a aussi le nom ouï-dire, qui correspond un petit peu à rumeur, information indirecte, transmise par un tiers : je sais par ouï-dire que mon voisin a trouvé un trésor.

Le nom « ouïe » correspond bien sûr au verbe ouïr. Lui aussi est peu courant, il fait ancien ! Pourquoi ? Parce qu’il a été remplacé par un autre : dans la langue courante, on utilise le verbe entendre, qui au départ signifiait simplement comprendre : c’était une activité de l’esprit. Mais le sens du verbe entendre s’est déplacé, il s’agit d’être conscient qu’on vous parle, qu’on comprenne ou pas, d’une certaine façon. Le verbe ouïr a été presque totalement évincé par son concurrent !

Mais, même désuets le verbe ouïr et le nom ouïe ont encore une place à part dans la langue française, ne serait-ce que par leur construction phonétique. Parce que dans « ouïe » il n’y a pas de consonne, il y a deux voyelles qui se suivent, à moins qu’on considère la première comme une semi-consonne, le « oue ». Mais il n’empêche, « ouïe », voilà un mot qui se glisse dans notre oreille comme un poisson dans l’eau.


 

Comment a été fabriquée l’unité décibel et pour quelles raisons ?
Quelles sont ses utilisations, aujourd’hui, dans la vie courante ?
Comment nous familiariser avec cette unité et apprendre à évaluer la puissance d’un son lorsque nous l’entendons ?
Le décibel permet-il de mesurer les nuisances sonores, en particulier en ville, et de prendre des mesures pour les limiter ?
Quel est l’impact du niveau sonore sur nos oreilles et notre cerveau, qu’il s’agisse du bruit des villes, de celui d’une boite de nuit ou des écouteurs d’un baladeur audio ?


DECIBEL :

Quand on prononce le mot décibel, on entend déjà tout un vacarme, un tapage, un boucan, un tintamarre ! Comme si le mot évoquait d’entrée de jeu un bruit assourdissant, en tout cas excessif : les décibels évoquent inévitablement l’idée qu’il y a « trop de bruit ». Alors que le mot correspond à une mesure de bruit, d’intensité sonore. En tout cas c’est le premier sens qu’il a : il a été créé pour cela. 

Et d’ailleurs comme beaucoup de créations scientifiques, il célèbre l’histoire des sciences : ce sont les Américains qui ont nommé cette unité, en rendant hommage à un Écossais qui avait fini ses jours en Amérique, c’est Alexander Graham Bell, physicien et inventeur, qui justement s’intéressait aux problèmes des sourds. Comment fabriquer une sorte de loupe sonore, pour augmenter la perception des sons ? Ses recherches aboutirent à l’élaboration des premiers systèmes téléphoniques, et en révérence pour son talent, on a pris son nom pour nommer l’unité qui évalue le niveau sonore.

Seulement bien vite, ce nom lui échappe. Parce que le patronyme du physicien s’écrivait BELL alors que l’unité acoustique s’écrit BEL. Un bel et son sous-multiple, un décibel, et là on a un décibel comme un peu parler de décilitre, de décimètre ou de décigramme. 

Est-ce que ce décibel échappe à la langue technique ? Presque, parce que dans ce contexte-là, on va recourir à une abréviation, non seulement dans l’écriture, qui est particulière parce que dB s’écrit « d » minuscule et « B » majuscule, mais même dans la prononciation, souvent on dit : « plus deux dB, moins dix dB », etc.

Et dans la communication ordinaire les décibels servent de façon très subjective à donner l’idée d’un bruit qui fait mal ou qui pourrait faire mal. Le mot s’applique au bruit en général, mais c’est surtout à la musique que ça sert : les décibels sont la marque des musiques fortes, très amplifiées, qui peuvent faire mal aux oreilles sensibles. Non seulement les instruments jouent fort, mais l’électronique vient en rajouter. 

Alors, attention, le décibel n’est pas exactement une unité comme une autre : sa définition scientifique est difficile, et il est toujours calculé par rapport à une référence. Mais on peut considérer que la mesure 0 dB correspond non pas à un silence absolu qui n’existe pas réellement, mais au seuil d’audibilité. C'est-à-dire l’intensité sonore qui commence à être perçue par l’oreille humaine. Et par rapport à cela, on imagine une échelle qui peut monter jusqu’à 130 dB, le seuil de la douleur, et au-delà : le bruit de décollage d’une fusée Ariane est estimé à 180 dB ! 


Rien de plus ordinaire que le bruit que nos oreilles, qui ne se ferment jamais, captent en permanence. Quoi de plus familiers que les sons qui nous entourent et engendrent un paysage sonore qui confère son identité à un lieu tout autant que les images et les odeurs. Pourtant, malgré sa banalité et son importance, le son demeure le phénomène physique de notre environnement que nous avons le plus de mal à mesurer. Avec un peu d’expérience, il est possible d’évaluer une température en degrés Celsius ou une distance en mètre. Rien de tel avec le son. A notre décharge, il faut dire que l’unité sonore, le décibel, est loin d’être une unité simple. C’est pourtant elle qui permet de classer les sons en fonction de leur puissance. Le seul moyen pour comparer les bruits entre eux et détecter ceux qui sont trop faibles ou trop forts pour nos oreilles.
Dans décibel, il y a Bell avec un seul L. Il ne s’agit pourtant pas d’une référence à une cloche, bell en anglais, mais bien à un génie : Alexander Graham Bell, l’un des inventeurs du téléphone. Le décibel n’est en effet rien d’autre que la dixième partie du bel, Cette unité a été créée vers 1923 par les ingénieurs des laboratoires Bell, créés par Alexander Bell et devenus les fameux Bell Labs aux Etats-Unis. C’est là que les choses se compliquent. Les ingénieurs ont, en effet, choisi d’utiliser une fonction logarithmique pour définir le décibel, et non linéaire comme pour la longueur, la masse ou la température ! L’essentiel de la difficulté vient donc de cette caractéristique qui défie notre intuition mais qui correspond à une particularité du son et de nos oreilles. Notre perception du bruit n’est en effet pas linéaire et, pour doubler la puissance sonore d’un piano, deux pianos sont loin d'être ne suffisants…