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A VOS TYMPANS, PRETS, ECOUTEZ !!


Nous avons testé la sécurité acoustique de 18 baladeurs d'entrée de gamme. La moitié peuvent se révéler dangereux pour l'audition.
L'UFC-Que Choisir alerte les pouvoirs publics.
La musique adoucit les moeurs. Pas forcément les tympans. Surtout lorsqu'elle provient d'un baladeur numérique. Utilisés trop forts et trop longtemps, ces appareils très en vogue peuvent engendrer des pertes d'audition temporaires ou définitives, générer des sifflements ou des bourdonnements continuels (acouphènes), voire accroître la sensibilité au bruit (hyperacousie). Les jeunes, notamment, sont de plus en plus touchés.

L'écoute a tendance à se prolonger
Les écouteurs intra-auriculaires fournis avec les baladeurs ne sont pas étrangers à cette situation. Nichés au creux de l'oreille, ils sont particulièrement agressifs pour les tympans et leur mauvaise isolation des bruits extérieurs incite les utilisateurs à augmenter le volume. La faute aussi aux baladeurs eux-mêmes. Leur qualité sonore s'est tellement améliorée qu'il est désormais possible de pousser le volume à fond sans être gêné par des grésillements. Et grâce à leur autonomie et à leur capacité de stockage toujours plus importantes, on peut écouter de la musique pendant des heures sans interruption. Plus de CD à changer ni de cassette à retourner, des manipulations qui constituaient pourtant des moments de répit salutaires pour les oreilles.


Pour limiter les risques, la France s'est dotée d'une des législations les plus dures au monde. Aucun appareil commercialisé dans l'Hexagone ne doit pouvoir dépasser une puissance sonore de 100 décibels avec le casque d'origine. Pour éviter que cette limite ne soit franchie lorsque l'on change d'écouteurs, la tension de sortie à la prise casque est limitée à 150 millivolts (mV). Enfin, diverses mentions doivent figurer sur la notice et sur l'emballage, et le message « à pleine puissance, l'écoute prolongée du baladeur peut endommager l'oreille de l'utilisateur » doit être apposé de façon « lisible et inamovible » sur l'appareil (il peut être remplacé par un pictogramme lorsque le baladeur est trop petit.

De graves manquements


Si cette réglementation est en général respectée par les baladeurs de marque, c'est loin d'être le cas des modèles d'entrée de gamme vendus pour quelques dizaines d'euros dans les grandes surfaces, sur Internet ou chez des petits revendeurs. Sur les 18 modèles que nous avons testés, seuls deux respectent scrupuleusement les consignes de marquage imposées par la réglementation. Certains fabricants ont juste oublié quelques mentions dans la notice ou sur l'emballage alors que cinq modèles (Sigmatek, Zicplay, Linyx, JWD et Cibox) se passent du message de prévention cité plus haut.

Mais il y a plus grave. Si la pression acoustique (puissance sonore) n'atteint jamais la barre fatidique des 100 dBA à pleine puissance avec le casque d'origine, la tension de sortie de dix appareils, en revanche, dépasse les 150 mV autorisés. Elle franchit même les 300 mV sur le Proline, le Lazer, le Lenco et le Sigmatek. Le niveau sonore de ces appareils est donc susceptible de dépasser les 100 dBA si l'on utilise un autre casque. C'est d'ailleurs ce que nous avons constaté en procédant à de nouvelles mesures. En remplaçant les écouteurs d'origine par un casque Sony de meilleure qualité, tous les appareils dont la tension de sortie est supérieure aux 150 mV excèdent les 100 dBA à pleine puissance.

Le casque livré avec le Lazer est si médiocre que la pression acoustique est passée de 83,5 dBA à 105,3 dBA avec un autre casque, soit un volume sonore perçu quatre fois plus fort ! Quant au Sigmatek, il bat tous les records : 106,6 dBA. Un constat particulièrement inquiétant quand on sait qu'une pression acoustique de 100 dBA correspond à celle d'un marteau-piqueur et que nous avons l'impression que le volume sonore double à chaque fois qu'elle augmente de 10 décibels.

18 modèles testés, 1 seul conforme
Au final, un seul appareil respecte la réglementation, le Listo. Une situation effrayante qui ne semble pas émouvoir outre mesure les pouvoirs publics. Les douanes se disent « incompétentes » pour procéder à des contrôles sur ce type de produits et renvoient vers la Direction générale de la santé (DGS), qui elle-même avoue n'étudier que l'impact sanitaire d'une forte exposition au bruit. Quant aux services de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), ses inspections réalisées en 2006 avaient révélé la présence sur le marché français de baladeurs non conformes. Mais malgré sa volonté affichée de « poursuivre les contrôles », aucune campagne de vérification n'a été effectuée en 2007 et rien n'est prévu en 2008. Restent les importateurs et les distributeurs, censés s'assurer de la conformité des produits qu'ils importent. Mais eux aussi semblent se contenter du strict minimum. Exemple avec Darty. Dès qu'il a eu su que le modèle Proline qu'il distribue n'avait pas été jugé conforme à la réglementation française, un responsable nous a contactés afin de nous assurer que son produit respectait la législation. La preuve : un certificat de conformité émis par un laboratoire chinois. Sauf que les contre-tests que nous avons réalisés sur deux appareils similaires ont confirmé que la tension de sortie de ces baladeurs dépassait largement la limite autorisée. Darty a finalement décidé de retirer ce modèle de ses rayons

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