BOB MARLEY et la musique de REGGAE

Le REGGAE

Né au milieu des années 1970 en JAMAÏQUE, issu du Ska, du Rock Steady et du Rythm &Blues puis véhiculé par la communauté jamaïcaine présente en Angleterre, le Reggae va connaître une renommée mondiale à la fin des années 1970. C’est à la fois un style musical et une philosophie de la vie liée à la religion Rastafari. Son rythme syncopé et répétitif particulier (appui sur le contretemps de la guitare et de l’orgue) avec une mise en avant des lignes mélodiques de la basse va influencer à la fin des années 1970 et au début des années 1980, de très nombreux groupes de styles très divers (The Clash). Les principaux représentants du Reggae sont Bob Marley & The Wailers, Jimmy Cliff, Toots & The Metals.

L'ALBUM EXODUS

Paru le 3 juin 1977, l’album de Bob Marley & the Wailers Exodus a donné le coup de départ d’une grande tournée internationale. Avec ce disque, qui contient les tubes mondiaux « Jamming »,«People Get Ready » et « Exodus », l’idée d’un exode des AfroAméricains vers l’Afrique frappe pour la première fois à la porte des consciences du grand public international.

BUFFALO SOLDIER (Le buffalo soldier - soldat bison - est aussi un surnom porté par tous les soldats noirs de l’armée américaine)

Si tu connaissais ton histoire | Alors tu saurais d’où je viens
Tu n’aurais pas à me demander Qui je suis
Je ne suis qu’un soldat bison
Au cœur de l’Amérique
Volé en Afrique, amené en Amérique
Luttant à l’arrivée, luttant pour la survie
Je gagne la guerre pour l’Amérique
Bob Marley, « Buffalo Soldier » (1979), extrait de Confrontation, 1983.

Ouvre les yeux et regarde en toi | Es-tu satisfait dela vie que tu mènes ?
Nous savons où nous allons | Nous savons d’où nous venons
Nous quittons Babylone | Pour retourner en terre de nos ancêtres
Exodus, marche du peuple de Dieu

Bob Marley, « Exodus », 1977.

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 Haïlé Sélassié est la chapelle
Le monde entier doit le savoir
Cet homme est l'ange
Notre dieu, le roi des rois. »

Bob Marley, Selassie Is the chapel, 1968

HAILE SELASSIE

Descendant, de la reine de Saba et du roi Salomon, dont il est le deux cent vingt-cinquième successeur, l’empereur d’Éthiopie Hailé Sélassié Ier  est à la tête de la plus ancienne dynastie du monde. Son titre complet est négus («roi des rois»), lion conquérant de la tribu de Juda, défenseur de la foi chrétienne, force de la Trinité, élu de Dieu. Fils du Ras Makonnen, il a reçu pour nom à sa naissance celui de Ras Tafarí Makonnen (Tafarí : Celui qui est redouté) ; il est, en outre, le neveu de l’empereur Ménélik II, qui, au cours de son règne, commencé en 1889 et achevé à sa mort en 1913, accomplit les premiers pas vers la création d’un État unifié et moderne. En 1930 en Ethiopie ), le Ras Tafari fut couronné roi d’Éthiopie.

Bob Marley lui rend hommage dans son album de 1976 Rastaman Vibration. Le titre War reprend le discours de Haïlé Sélassié prononcé devant l’ONU en 1963 :

Tant que la philosophie qui fait la distinction entre une race supérieure et une autre inférieure ne sera pas finalement et pour toujours discréditée et abandonnée ; tant qu'il y aura encore dans certaines nations des citoyens de première et de seconde classe ; tant que la couleur de la peau d'un homme n'aura pas plus de signification que la couleur de ses yeux ; tant que les droits fondamentaux de l'homme ne seront pas également garantis à tous sans distinction de race ; Jusqu'à ce jour le rêve d'une paix durable, d'une citoyenneté mondiale et d'une rêgle de moralité internationale, ne restera qu'une illusion fugitive que l'on poursuit sans jamais l'atteindre. Et tant que les régimes ignobles et sinistres qui tiennent en esclavage nos frêres en Angola, Mozambique et Afrique du Sud n'auront pas été renversés et détruits ; et tant que le fanatisme, les préjugés, la malveillance et les intérêts personnels n'auront pas été remplacés par la compréhension, la tolérance et la bonne volonté ; tant que tous les africains ne pourront pas se lever et s'exprimer comme des êtres humains libres, égaux aux yeux de tous les hommes comme ils le sont aux yeux de Dieu ; jusqu'à ce jour, le continent africain ne connaîtra pas la paix. Nous Africains, nous battrons si nécessaire, et nous savons que nous vaincrons, tant nous avons confiance en la victoire du bien sur le mal. 

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La religion Rastafari

Le rastafari apparaît d’autant plus comme une expérience spirituelle (conscience de soi), née du désir d’accomplissement de soi des Africains en exil en Jamaïque. Il encourage le combat contre toute idée et culture étrangères (y compris d’ordre religieux) qui sont hostiles aux intérêts des Africains ou qui entravent la quête africaine de la rédemption pour sa race. Il croit fermement à l’autodétermination et à la justice pour l’Afrique. Au mépris d’une mode plus conventionnelle, les rastas laissent pousser leurs cheveux jusqu’à ce que se forment des dreadlocks à la façon biblique de Samson. Les adeptes fument du chanvre (« l’herbe de la sagesse ») comme un sacrement lors de la méditation rituelle, bien qu’en Jamaïque, l’usage populaire et ordinaire de la ganja soit antérieur à la période rasta. À cause de la pauvreté et du sous-développement, les rastas des débuts ont souvent l’air hagard. Pourtant, cela n’est pas une de leurs caractéristiques essentielles, dans la mesure où ils sont connus pour toujours suivre une hygiène stricte, puritaine.

Si tu savais ce que vaut la vie
Tu chercherais la tienne sur terre
Et maintenant on voit la lumière
On sait et on comprend
Que Dieu Tout-Puissant est un homme vivant
Tu peux tromper quelques personnes quelquefois
Mais tu ne peux pas tromper tout le monde tout le temps
On en a assez de vos « ismes » et schismes


Bob Marley & Peter Tosh, « Get Up, Stand Up », extrait de Catch a Fire, 1973.

INSTRUMENTS DE MUSIQUE

Dans les premiers temps, l’attention se porta sur les applaudissements, les battements de pieds et les harmonies vocales. Plus tard, des batteries rudimentaires fabriquées à la main, parmi lesquelles on compte les fameux tambours goombeh et ebœ, furent introduites en plus des « scrappers », des « shakers » et des grattoirs faits avec un os de mâchoire de vache dont les dents étaient frottées contre un bâton. Des innovations comme le battement des deux mains contre le goulot de deux jarres vides, pour produire un son sourd et étouffé, vinrent plus tard optimiser le rythme et la texture de cette forme musicale.
D’autres améliorations furent encore apportées à la qualité générale de la musique à mesure que vinrent s’y ajouter des instruments de meilleure qualité, dont les origines historiques remontent à l’Afrique. Prenons par exemple le « tambour parlant », en usage dans le culte des ancêtres, le kumina. C’est une variété de tambour dont le son provoquait la peur. Il a été combattu vainement par les autorités blanches et les missionnaires ; ou encore les violons de bambou dont l’usage était lui aussi répandu. Considéré comme l’étape initiale du développement de la musique populaire en Jamaïque, le mentó est issu des synthèses et de la distillation des musiques de festivals, auxquelles peuvent être associées les musiques de cultes religieux celles des rituels de guérison, et celles d’activités séculaires comme les festivités de la mascarade jonkunu. La plupart des formes musicales jamaïcaines ont apporté avec elles leurs danses respectives. Il n’y avait dans le mentó que quelques allusions aux cultes religieux, mais il était effectivement divertissant et complètement africain dans sa forme et son contenu.
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La musique de Bob Marley : les harmonies vocales

Après le départ de Peter Tosh et Bunny en 1973, Marley introduisit des harmonies vocales féminines pour relever le son des Wailers et optimiser leurs performances sur scène. On ne saurait trop accentuer la qualité céleste de leur travail en arrière-plan. Bob Marley & the Wailers étaient à l’avant-garde de la recherche en ce qui concerne l’utilisation d’un matériel moderne, qu’ils voulaient appliquer à des musiques rastas plus traditionnelles. L’introduction d’instruments à vent et de percussions harmonieuses allait dans ce même sens du perfectionnisme. Les membres de l’élite qui ne connaissaient pas le reggae de Bob Marley dont ils trouvaient le militantisme trop radical, ont cherché à se procurer des exemplaires de Kaya pour écouter le magistral mélange des instruments (un des meilleurs de l’époque). Bob Marley & the Wailers firent usage des plus récentes techniques de studio, et la voix mélodieuse de Bob Marley, sa capacité vocale, la flexibilité et les variations dont il fait la démonstration sont remarquables, étant donné les structures musicales complexes de morceaux comme « Give Thanks and Praises », « Kaya », « Turn Your Light Down Low » jusqu’aux morceaux « War et Guiltiness »...
Parallèlement à toutes ces innovations, la forme reggae originelle a gardé son rôle. La fonction des instruments, la ligne rythmique régulière, la batterie en avant et la basse dominante, la première guitare stridente et la pulsion harmonieuse des percussions en arrière-plan sont restées fidèles à la forme du roots reggae. Combiné aux intonations harmonisées des chœurs, sans oublier l’authentique héritage africain du dialogue question-réponse, tout concorde pour confirmer que le reggae est un héritage culturel unique légué par l’Afrique au monde.
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Le producteur Chris BLACKWELL

1.Un légendaire incident est venu affecter le destin de la musique reggae au moment où elle prenait son envol. À cette époque aujourd’hui révolue, la société blanche jamaïcaine en général, et les membres des classes les plus riches et des classes moyennes en particulier, avaient très peur des rastas. La plupart paniquaient à la simple vue d’un « dread ». Même les plus tolérants et les plus ouverts d’entre eux n’aimaient pas l’idée d’avoir à faire, pour une raison ou pour une autre, à ces « éléments instables », ces fumeurs d’herbe aux yeux rouges.

2. Bien des producteurs et distributeurs de disques établis à l’extérieur de l'ile appartenaient aux classes les plus aisées. Et ce dont Bob Marley & the Wailers - sensation reggae du moment - avaient le plus sérieusement besoin, c’était le savoir-faire technique, les réseaux internationaux et surtout l’aide financière massive d’un producteur et d’un label étrangers. Hors de Jamaïque, un regard de suspicion était porté sur le reggae, considéré comme étant une musique rituelle brute et sous-développée, essentiellement jouée par des adeptes d’un culte africain réincarné. Les producteurs étrangers, préoccupés par le profit et conscients de cette réputation, hésitaient à prendre en charge un groupe rasta. Quant aux producteurs jamaïcains, bien que la plupart aient été conscients du potentiel infini de la musique rasta, de l’universalité latente de son message de rédemption, et de l’ingéniosité de quelques-uns des meilleurs artistes du genre qui commençaient à se faire connaître dans la Caraïbe, il était difficile pour eux de l’exporter.

3. En outre, les relations entre artistes et producteurs n’étaient pas très scrupuleuses. Même quand un disque avait l’air de trouver un écho favorable et le succès dans la rue, les producteurs se plaignaient invariablement du manque de retours et abandonnaient les artistes, populaires mais sans- le-sou. Il était compliqué de jouer à ce même jeu frauduleux avec les rastas, qui exècrent particulièrement l’injustice. Certains rastafariens ont commencé à produire eux-mêmes leurs enregistrements.

4. Chris Blackwell, un jeune producteur jamaïcain blanc de premier ordre, avait été sauvé de la noyade par des pêcheurs rastas après un incident avec son bateau. Il avait été amené avec ses amis au camp rasta le plus proche, où ils furent soignés et nourris. Leur peur d’être entourés par des rastas aux dreadlocks disparut alors. Les rastas leur ont expliqué qu’ils ne nourrissaient aucune haine envers aucun individu blanc, et que leur inimitié allait contre le système d’exploitation et d’oppression dans lequel les Blancs étaient les principaux protagonistes. Ils assurèrent ensuite leur retour en ville, après leur avoir transmis quelques informations sur Garvey et Sélassié.

5. Déjà au courant de la réputation jamaïcaine des Wailers, Blackwell était associé au producteur jamaïcain, il ne fut pas trop difficile de persuader Chris Blackwell de tes prendre en charge à la fin de l’année 1972. Grâce à son aide financière et technique, l’année 1973 devint un tournant pour la musique rasta. La presse et un public d’abord modeste s’enflammèrent pour l’album Catch a Fire, qui obtint progressivement une audience plus large. Des techniques de production plus modernes, et adaptées au public européen, donnèrent une nouvelle direction artistique. Des concerts bien organisés et une meilleure publicité ouvrirent la voie d’un renouveau du son créé par tes Waiters. Sur 1e label Island de Blackwell, tes Waiters publièrent deux albums, ce qui leur permit de devenir un incontestable leader de la première génération jouant une musique africaine nouvelle, moderne, d’un niveau international. Mais dans un premier temps, leur expérience avec Blackwell ne semblait pas bien différente de celle qu’ils avaient connue avec d’autres producteurs. Les Wailers étaient connus, certes ; mais le succès tardait à venir et leur rémunération était toujours en décalage avec les vedettes internationales, notamment des musiciens de rock qui abondaient chez Island.